10 juin 2014

COMPTE-RENDU D'UN VOYAGE INITIATIQUE...

L'Inde, une aventure à double faces...

Voici un petit résumé (pour celles et ceux que ça intéresse) des conclusions tirées de cette folle expérience du "Permacultour India 2014", un voyage à sept, à vélo, pour ralier Kochi (Kérala) à Auroville (Tamil Nadu), dans le sud de l'Inde.

LE CONTEXTE (pour rappel) :

- Sept participants, dont une femme

- Moyenne d'age 28 à 44 ans

- 1 anglais (qui ne parle pas le français), 6 français-es (dont un qui ne parle pas anglais...)

- Traversée du Sud de l'Inde à vélo, 850kms environ, à travers les montagnes du Kérala

- Chacun-e finance le coût de son voyage, avion, vélo, et frais sur place

- Objectifs prioritaires annoncés (ceux de l'École de la Roue Libre) :

  • tester le nomadisme comme moteur du changement (transformation personnelle)
  • tester le nomadisme comme moteur de la coopération
  • la principes de permaculture comme éthique globale
- Objectifs secondaires (plus personnels selon chacun-e) :

  • Voyage initiatique, en groupe
  • Voyage à vélo
  • Rencontre d'un pays, sa culture et ses habitants
  • Découverte d'un fabuleux réservoir d'expérimentation (Auroville)
  • Allier voyage, sport et spiritualité (Mahayaga 2014 à Palakkad)
  • Développement personnel et du groupe
  • Découverte culinaire
  • S'accorder du bon temps, dans le respect de son rythme
  • Etc, etc...
- Rassemblement initial des participants (qui ne se connaissaient pas pour la plupart) à Kochi le 13 Février 2014

- Fin officielle annoncée du tour, le 14 Mars à Auroville

- Autorégulation du groupe suggérée au départ, mais après un processus d'initiation à la coopération proposé par l'école (2-3jrs), en résidentiel à Kochi, préalable à l'aventure à vélo

- Moyen de locomotion (vélo souhaité principalement) et parcours libres, avec souhait que chaque participant-e contribue activement à l'évolution générale du groupe, en fonction du contexte changeant de chaque jour (pas de "gentils organisateurs"...)

- Favoriser l'autonomie (camping sauvage, etc, autant que possible), etc...


LE CONSTAT (subjectif) : (sans entrer dans les détails trop longs ici...)

- Groupe très hétérogène,

- Attentes de chacun-e très différentes,

- Objectifs (prioritaires) de l'école non (ou peu) compris, voire partagés

- Motivations très disparates de chacun-e quant à sa participation : de "je sais pas pourquoi je suis là" à "j'adore travailler en groupe" en passant par "je veux découvrir de beaux projets" et "je veux apprendre à me débrouiller", etc...

- Deux voyages en un : celui annoncé par l'école et ses objectifs de coopération, celui individuel auquel l'aventure aura tourné majoritairement

- Thérapie individuelle plus que test de coopération

- Quelques problèmes de santé mineurs

- Rencontres souhaitées d'écoles locales impossible

- L'essentiel du parcours à vélo, le reste en bus (15%)

- 20% de camping sauvage, 20% chez l'habitant et 60% en lodge ou guest house (sur 4 semaines)

- 5% de nourriture par nos soins, 10% de nourriture proposée (ou offerte) par les habitants, 85% de nourriture achetée aux restaurants et bouis bouis locaux

- Des rires et des pleurs

- Réunionite aigüe (absolument nécessaire parfois!)

- Du très chaud et du vrai froid (en montagne)

- D'incroyables rencontres, grande hospitalité

- Des risques d'attaque d'animaux sauvages

- De très beaux paysages

- Nombre de crevaisons!!!

- Mal aux fesses...

- Etc...

Bref, très enrichissant mais tout aussi éprouvant pour une grande partie du temps. Le Voyage initiatique quoi...!


LE POURQUOI : (...des mésaventures, le Bonheur ne s'expliquant pas, il se vit!)

De nombreuses erreurs ont permis à cette aventure d'avoir lieu telle qu'elle vient d'être sommairement décrite. Évidemment, les avis de toutes et tous seraient nécessaires pour comprendre l'aventure dans son ensemble.
Je m'intéresserai ici uniquement au point de vue personnel et celui de l'école que je peux exprimer objectivement, afin que cette expérience puisse servir à d'autres, et leur évite de reproduire ses erreurs si ce compte-rendu les inspire :

1 - Vouloir à tout prix qu'un événement ait lieu (le forcer) génèrera une cascade de problèmes.
La persévérence est une qualité nécessaire, certes, mais l'obstination, voire l'aveuglement, peut causer de graves désordres, voire des séquelles à long terme...
SOLUTION : ÉCOUTER LES SIGNES, SUIVRE SON CŒUR PAR TOUS LES TEMPS!!!

2 - Partir sans se soucier du niveau des participants peut s'avérer dangereux et irresponsable.
Qu'il soit physique, de conscience, de motivation ou autre, le niveau des participants semble déterminat pour la réussite de l'expérience et la réalisation des objectifs y étant associés. Un voyage centré sur le groupe et non l'individu requiert de la part de chacun-e une grande disponibilité qu'il n'est pas toujours possible d'accorder au groupe, selon l'état d'éveil et/ou le besoin prépondérant du moment dans la vie de chacun-e.
SOLUTION : TESTER LES PARTICIPANTS AU PRÉALABLE! RENCONTRE PHYSIQUE NÉCESSAIRE ET SANS DOUTE SUFFISANTE, AUTOUR D'UN TEST SUR DEUX OU TROIS JOURS.

3 - Se tromper dans la destination idéale a de fâcheuses conséquences.
L'Inde est un pays où les occidentaux sont "riches" et peuvent se payer tout le confort souhaité. Or, le changement (tranformation personnelle) est largement favorisé par la sortie de ses zones de confort. Ce pays est confrontant de par sa culture, mais reste "trop facile" du fait du pouvoir d'achat des occidentaux. En Norvège, personne n'aurait dormi à l'hôtel ni mangé au resto tous les jours...! Ce qui aurait favorisé le rapprochement des participants autour d'activités communes pour assouvir les besoins premiers (comme en montagne ou en pleine mer...), favorisant la solidarité et l'unité au sein du groupe.
SOLUTION : CHOISIR AVEC PRÉCAUTION LA DESTINATION QUI PERMETTRA AU MIEUX DE RÉALISER LES OBJECTIFS SOUHAITÉS. UN ENVIRONNEMENT NATUREL ET RÉCULÉ, VERSUS UN ENVIRONNEMENT URBAIN (BIEN CONNU) ONT UN IMPACTE TRÈS DIFFÉRENT SUR LA VIE D'UN GROUPE.

4 - Jouer un double rôle dans un groupe, (facilitateur et participant) sème la confusion.
Cette double position me semble à présent trop délicate, voire irréaliste. Troisième tentative cette fois, troisième échec. De part notre éducation (et particulièrement en France), le facilitateur/animateur/éducateur/etc... est le "sachant" (position d'expert) et implicitement le groupe se considère comme non-sachant (souvent inférieur, inconsciemment, donc non responsable de son apprentissage qu'il confie à l'expert devant avoir réponse à tout). Lorsqu'il s'agit de décisions de groupe au cours desquelles le facilitateur (et participant à la fois) ne peut se positionner clairement de par le contexte, les participants sont dans la confusion quant au poids de la parole du facilitateur. Est-il dans l'expérience ou guide de l'expérience...? Si la confiance et l'unité du groupe est fragile (en ses débuts), cette confusion amène nombres de peurs, d'incompréhensions ou de résistances le fragilisent encore plus! Et comment donc se fait-il que "l'expert" ne sache pas résoudre nos problèmes?...
SOLUTION : TRANCHER ET SE POSITIONNER CLAIREMENT DÈS LE DÉPART. SI DES OBJECTIFS PÉDAGOGIQUES SONT FIXÉS, IL SEMBLE INDISPENSABLE DE CHOISIR EXPLICITEMENT LA POSITION DE FACILITATEUR AFIN DE RÉGULER LES SEULS PROCESSUS HUMAINS, SANS DONNER D'AVIS PERSONNELS QUANT AUX DÉCISIONS QUI RELÈVENT DE LA SEULE RESPONSABILITÉ DU GROUPE QUI VIT L'EXPÉRIENCE.

5 - Le flou quant aux objectifs pédagogiques a des conséquences non négligeables.
L'établissement d'un cadre d'apprentissage clair et sécuritaire, dont chacun-e a besoin pour exprimer son plein potentiel en confiance, s'en ressent grandement. Dans notre éducation encore, qu'elle soit scolaire et/ou sociale, l'autonomie est largement négligée au profit d'un formatage de masse et d'un "aiguillage" des individus selon leur profil personnel, afin de servir un système aliénant bien établi. Le retour (ou l'accès) à l'autonomie de chacun est un processus qui nécessite donc un accompagnement respectueux des rythmes et capacités de chacun, dans un cadre clair, ferme et expliciter autant que possible. Encore faut-il être capable de le définir avec pertinence... Une évaluation trop sommaire au départ débouche sur un cadre flou et un manque de confiance généralisé. La liberté est au prix de l'établissement de ce cadre clair, stricte et nécessaire contrairement à de nombreux préjugés!
SOLUTION : DU BON "REPÉRAGE" DU FACILITATEUR DÉCOULERA LE CADRE D'APPRENTISSAGE SÉCURITAIRE ET FAVORABLE À LA RÉALISATION DES OBJECTIFS FIXÉS. LA CONFIANCE DES PARTICIAPANTS DANS LE PROCESSUS PROPOSÉ S'EN RESSENTIRA ÉGALEMENT! UN "CADRE" SANS AMBIGUITÉ EST INDISPENSABLE À L'ÉVOLUTION DE CHACUN VERS L'AUTONOMIE, PUISQUE L'AUTONOMIE RELÈVE DE LA CAPACITÉ DE CHACUN-E À S'AUTOGÉRER (CF. ÉTIMOLOGIE) EN TOUTE CIRCONSTANCE. ALORS SEULEMENT IL DEVIENT POSSIBLE DE SORTIR DU CADRE ÉTABLI ET/OU DEMANDER ET PARTICIPER À SON ÉVOLUTION. LA SOUVERAINETÉ DE CHACUN-E EST AINSI RECONNECTÉE, DE MÊME QUE LA RESPONSABILITÉ.

6 - La gratuité d'un événement (d'une prestation) dessert sa réussite.
Du moins, sans rémunération pour la structure encadrante et organisatrice, les motivations de chacun-e peuvent s'avérer douteuses, voire nulles... Le constat : plus l'on touche à notre porte-monnaie, plus l'on rélféchit à deux fois avant de s'engager... Si c'est gratuit, il est facile de se lancer dans une aventure sans avoir profondément questionné ses motivations et son intention. C'est triste à dire, mais c'est encore une réalité bien vivante que j'ai délibérément nié par utopie, mais bel et bien vérifié à de trop nombreuses reprises! Pour autant, des alternatives à l'argent existent ( dont l'économie de don) mais y recourrir en nécessite une connaissance approfondie, une réflexion personnelle avancée et, je pense, une excellente médiatisation de l'événement en question (notamment via les réseaux personnels). Un exemple d'économie du don : le crowdfunding. Dans notre cas, chacun-e était libre de quitter le groupe à tout moment et/ou d'imposer un certain individualisme, sans autres conséquences que celles qu'il/elle aurait choisi, au détriment des autres. Aucun engagement explicite n'avait été formulé, sinon qu'une vague demande (implicite) à faire circuler l'énergie reçue de la structure organisatrice par un don "à son tour" au lieu d'un don "en retour"...
SOLUTION : DÉFINIR AVEC PRÉCISION LES ENJEUX ET OBJECTIFS, ET S'ASSURER DE LEUR COMPRÉHENSION. DÉFINIR AVEC GRANDE PRÉCISION LE NIVEAU D'IMPLICATION REQUIS (ENGAGEMENT) ET LA NATURE DE CELUI-CI. DÉFINIR LES LIMITES AU-DELÀ DESQUELLES UN ÉVÉNEMENT N'EST PLUS VIABLE ET NE DOIT PAS AVOIR LIEU, FAUTE DE QUOI, PAR EXEMPLE, L'ORGANISME PROPOSEUR DE L'ÉVÉNEMENT SE METTRAIT EN PÉRIL FINANCIÈREMENT.

7 - "On ne force pas à boire un cheval qui n'a pas soif...".
En l'occurence ici, les personnes n'ayant pas réellement compris les enjeux de l'événement (peu importe à qui incombe la responsabilité de les expliciter) ou ne s'y étant tout simplement pas intéressé par manque d'implication personnelle (engagement faible ou nul), auront été la source de nombreuses situations de crise liées à des comportements individualistes, qu'ils aient été conscients ou inconscients. Dans ce cas, tenter de forcer les choses en essayant d'enseigner quoi que  ce soit et totalement vain et revient à parler à un mur ou s'opposer aux résistances les plus tenaces. Finalement, c'est la frustration assurée pour tous. Le constat est qu'il n'y a rien d'autre à faire que de renoncer à transmettre quoi que ce soit à cet instant, sauf si s'imposer par la "force" est considéré comme une solution. Ce n'est pas ma vision. Lorsque l'engagement est faible ou nul, la motivation à apprendre est faible aussi et les transformations intérieures n'arrivent pas. Rien n'incite à sortir de sa zone de confort. À contrario, dans ce même cas, les personnes hautement impliquées et à forte enseignabilité (avides d'apprendre) se révèleront de précieuses alliées pour encourager le groupe à dépasser les individualités de chacun-e au bénéfice de tous. 1+1=3, n'est-ce pas...? :)
SOLUTION : S'ASSURER DE LA MOTIVATION DES CANDIDATS (LEUR ENSEIGNABILITÉ) AVANT LEUR PARTICIPATION À L'EXPÉRIENCE. PAR EXEMPE, LEUR DEMANDER DE S'ENGAGER CONCRÈTEMENT ET EXPLICITEMENT DANS QUELQUE ACTION DE LEUR CHOIX ET D'ÉNERGIE ÉQUIVALENTE À CELLE DE L'ÉVÉNEMENT ORGANISÉ. DEMANDER UNE IMPLICATION TOTALE DANS LA CAMPAGNE DE FINANCEMENT AVEC ANNULATION DE L'ÉVÉNEMENT SI UN MONTANT MINIMUM N'EST PAS ATTEINT. DEMANDER UN DÉPÔT DE GARANTIE (NUMÉRAIRE, NON ENCAISSÉ), RESTITUÉ EN FIN DE SÉJOUR SI LE CONTRAT MORAL INITIAL A ÉTÉ RESPECTÉ. DEMANDER UNE PARTICIPATION FINANCIÈRE MINIMUM, SUIVI D'UNE PARTICIPATION CONSCIENTE (ESTIMATION LIBRE), AU-DELÀ DU MONTANT NÉCESSAIRE À COUVRIR LES FRAIS DE L'ORGANISATION. SOUMETTRE LES CANDIDATS À UN TEST DE MOTIVATION PRÉALABLE, VIA UN QUESTIONNAIRE OU UN ÉVÉNEMENT TEST PAR EXEMPLE, DE COURTE DURÉE, OU TOUTE AUTRE FORME DE TEST IMAGINABLE... BREF, DE NOMBREUSES SOLUTIONS, L'EXPÉRIENCE RESTANT IRREMPLAÇABLE...


CONCLUSION : (personnelle)

Si c'était à refaire, je ne changerais rien à ce qu'a été ce voyage en terme d'expérience personnelle, car je crois que tout ce que je vis est en quelque sorte ce dont j'avais besoin au moment juste où cela se produit, pour m'enseigner quelque chose de moi-même.

En revanche, du point de vue de l'École de la Roue Libre, je changerai tout, assurément!!!
Encore que l'expérience, même douloureuse sous certains aspects, s'est révélée très enrichissante par la quantité d'erreurs produites qui sont autant d'erreur que j'éviterai dans le futur!
Churchill disait bien : "Le succès, c'est d'aller d'échec en échec sans jamais perdre son enthousiasme".
Si j'avais perdu ce dernier, je n'écrirais pas ces lignes...

Et pour infiniment plus de détails et réponses aux questions non traitées, n'hésitez pas écrire des commentaires!

Alors à très bientôt pour d'incroyables nouvelles Aventures, en mer la prochaine fois!!! :)))





1 commentaire:

  1. que de pieds posés depuis notre tour du feu à la Comtesse !
    je lis avec profondeur tes messages , les relirai encore, car frêres, ILS font ton chemin , l'éther fidèle et honnête de chacun de tes engagement, de ton ouverture à nomader , ils sont là ...
    Merci,et profond sourire vers ton Juin vaillamment tourné vers la mer .
    Fabienne

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Chercheur de Simplicité, Voyageur Passeur, je m'émerveille face à l'extrême Beauté de notre Mère Nature et me questionne sur le fonctionnement des communautés humaines.